SAISON 7 : 1945, L’EPILOGUE
ÉPISODE 68
Relevé de dialogues
SUR LA GRÈVE
Scénario & dialogues
par
Frédéric KRIVINE
Consultant
Jean-Pierre Azéma
Développement en atelier des intrigues
Marie Roussin
Brigitte Bémol
Emmanuel Salinger
Hugues Girard
10 : 00 : 03 BLACK
Bonjour Madame.
KHADIJA
Bonjour.
10 : 00 : 07 Incrustation : octobre 2000
BLACK
Euh… Je … je voudrais dix francs s’il vous plaît.
KHADIJA
Ah ! Mais non…mais non, vous ne pouvez pas retirer d’argent ici monsieur !
BLACK
Mais… mais j’ai… j’ai ma carte.
KHADIJA
Oui, non mais ça, c’est votre de carte de sécurité sociale ! Ça, c’est pour le médecin, les hôpitaux, les pharmacies.
Personne suivante !
BLACK
Mais j’ai besoin de dix francs…
KHADIJA
Oh, monsieur…
BLACK
…pour les courses madame !
BLACK
Je comprends pas… je comprends pas… j’avais juste besoin de dix francs madame…
Je suis venu à l’ouverture, j’ai fait la queue, depuis ce matin, madame…
10 : 00 : 37 ANTOINE
Tenez… Monsieur… Tenez !
BLACK
Vous bossez à la Sécu ?
ANTOINE
Non. J’ai contribué à la créer.
BLACK
Merci…!
10 : 00 : 50 FEMME
Non attendez, je ne comprends pas, moi j’ai le numéro 642 ! Je passe quand, moi ?
KHADIJA
Oui mais la machine est bloquée, madame !
KHADIJA
Monsieur ?
ANTOINE
Mais pourquoi vous appuyez sur le bouton, si ça ne marche pas ?
KHADIJA
C’est pour les statistiques. Que puis-je faire pour vous ?
ANTOINE
Je m’appelle Antoine Martin. Je viens à propos de ma femme, Geneviève. Elle est en longue maladie, prise en charge à 100%…
KHADIJA
Longue maladie, c’est à dire ?
ANTOINE
Alzheimer.
KHADIJA
Et donc ?
ANTOINE
Elle ne touche plus ses droits depuis trois mois. Je vous ai écrit. J’ai téléphoné… Mais, rien !
10 : 01 : 37 KHADIJA
Vous avez sa carte Vitale?
ANTOINE
Elle l’a égarée.
KHADIJA
Ah mais c’est embêtant, ça, monsieur !
ANTOINE
Je vous dis qu’elle est Alzheimer.
KHADIJA
Et alors ?
10 : 01 : 48 ANTOINE
Alors, elle perd tout !
KHADIJA
Oui mais si elle perd tout, elle est sous tutelle, non ?
ANTOINE
Sa tutrice est notre fille aînée, qui est à l’étranger pour l’instant.
KHADIJA
Moi sans sa carte, je ne peux rien faire !
ANTOINE
J’ai… j’ai ses relevés, son… son numéro…
KHADIJA
Mais pour vérifier et agir sur ses droits, il me faut sa carte, hein !
ANTOINE
Vous pourriez faire un effort ?
KHADIJA
Non, je ne peux pas changer le système informatique de la sécurité sociale, monsieur ! Écoutez, retrouvez sa carte ! Ou refaites-en une !
ANTOINE
Je… je vous ai dit que… que sa tutrice est à l’étranger !
BLACK
Prenez la mienne?
ANTOINE
Ah ! Non, merci monsieur ! Écoutez, avec l’Alzheimer, pour la maintenir à la maison, les frais sont très lourds. Je ne peux plus les avancer ! Je vais être à découvert !
10 : 02 : 40 KHADIJA
Oui mais moi sans sa carte, je ne peux rien faire monsieur ! Personne suivante !
ANTOINE
Attendez ! On s’est battu pour créer la Sécurité sociale ! Vous savez combien de gens sont morts pour ça ?
FEMME
On s’en fiche, de votre histoire, monsieur ! Moi je suis pressée, j’ai rendez-vous pour ma dialyse !
10 : 02 : 56 ANTOINE
La sécurité sociale, c’est… c’est l’esprit de solidarité ! La protection de tous ! Vous devriez être fière de travailler ici !
KHADIJA
Mais qui vous dit que je ne le suis pas monsieur ?
Madame…?
ANTOINE
Attendez ! Vous… vous n’avez même pas regardé son dossier !
KHADIJA
Ça sert à rien sans la carte Vitale.
ANTOINE
Mais vous pourriez…
LA FEMME
Écoutez, ça fait deux fois que vous me demandez mes fiches de paye, je les ai déjà envoyées.
KHADIJA
Ça va, monsieur ?
ANTOINE
Oui.
LA FEMME
Est-ce que vous entendez ce que je vous dis ?
10 : 03 : 21 KHADIJA
Monsieur !
LA FEMME
Qu’est ce qui y a …
Monsieur…
KHADIJA
Gaëlle, appelle le SAMU !
LA FEMME
Monsieur, monsieur…
Ça va…
Qu’est ce qui y a…
KHADIJA
Ça va aller, monsieur, le SAMU va arriver !
10 : 03 : 28 BLACK
Il faut… il faut défaire son col.
LA FEMME
Vous croyez que je peux lui faire respirer de la lavande ?
UNE VOIX AU TÉLÉPHONE
Ici le centre de sécurité sociale à Villeneuve. Dans le 39.
KHADIJA
Vous m’entendez monsieur ?
UNE VOIX AU TÉLÉPHONE
Vous dire qu’on a eu un malaise. Vous pouvez venir très vite. Merci.
ANTOINE
Geneviève…
ANTOINE
Pierre va perdre sa main gauche. Le bras, euh… le chirurgien espère pouvoir le sauver… Mais, euh… il sera sûrement paralysé.
ANSELME
Vous comptez faire quoi ?
HUBERT
On va essayer d’avoir deux autres boches, grâce au père de Madame de Cantillon.
ANSELME
Je ne te parle pas de ça, Hubert ! Vous allez faire quoi pour Pierre ?
10 : 04 : 52 ANTOINE
Raymond va… va verser à sa femme une indemnité, en complément de l’assurance employeur.
AMELIE
Combien ?
ANTOINE
On sait pas. Ça dépend de comment la Nouvelle Sécurité sociale prendra en charge les accidents du travail… Et c’est encore en discussion au gouvernement, alors !
SUZANNE
Et qu’est-ce que vous comptez faire pour améliorer les conditions de sécurité ici ?
10 : 05 : 09 HUBERT
Ça n’a rien à voir avec ce qui est arrivé à Pierre !
AMELIE
Ça a tout à voir ! Les gars sont surmenés, et nous, c’est pareil !
ANSELME
Ce qui est arrivé à Pierre peut arriver à n’importe lequel d’entre nous !
ANTOINE
Non pas si vous mettez la sécurité au moment de la découpe !
ANSELME
On l’a enlevée à cause d’Hubert !!
HUBERT
J’ai jamais demandé d’enlever la sécurité !
ANSELME
Non ! T’es venu nous casser les burnes avec la productivité ! On fait comment pour l’augmenter ?
SUZANNE
La mise en danger, elle vient de la pression de la direction, pas de nous !
ANTOINE
Écoutez, ça vient d’arriver… On n’a pas encore toutes les solutions. Mais on va les trouver, et euh… on vous proposera des choses !
10 : 05 : 43 HUBERT
En attendant, il faut que le travail reprenne.
LES OUVRIERS
Non…Hé…
ANSELME
Je crois qu’on va faire une petite réunion d’équipe !
LES OUVRIERS
Ouais. Ouais.
HUBERT
Alors je vous préviens, ça veut dire retenue sur salaire !
SUZANNE
Dis ! Non mais t’as rien compris !
10 : 05 : 55 ANSELME
Bon, alors ça sera une Assemblée générale !
ANTOINE
Non non ! Attendez attendez ! Non, c’est pas comme ça qu’on va… Faites votre réunion… Pas de retenue sur salaire… et euh… on fait le point demain, d’accord ?
UN OUVRIER
D’accord.
ANTOINE
Allez, viens Hubert !
HORTENSE
Daniel ! Il lit dans mes pensées.
DANIEL
Elle est bonne la soupe, mon chéri ?
TEQUIERO
Oui.
DANIEL
Ça doit le changer de la cuisine de Tante Marthe !
HORTENSE
Tu as entendu ce que je viens de dire ?
DANIEL
Tu sais qu’il mange encore des rutabagas presque tous les jours chez Marthe !
TEQUIERO
Dimanche, y a du gâteau, chez Tata Marthe…
10 : 07 : 17 HORTENSE
Tu sais que Sarah me l’avait dit !?
DANIEL
Quoi Sarah ?
HORTENSE
Oui ! « Ce gosse, il lit dans mes pensées ». Elle me l’a dit cinq ou six fois au moins !
DANIEL
Arrête.
Arrête, pas maintenant.
Alors il est bon, le gâteau du dimanche, chez Tante Marthe ?
10 : 07 : 48 TEQUIERO
Non… L’est pas bon !
DANIEL
Eh bien ici, y a un bon gâteau, après la soupe et la salade. Mais il faudra manger la salade !
HORTENSE
Je vais dans ma chambre.
DANIEL
C’est rien mon chéri.
TEQUIERO
Elle aime pas la soupe, Mamortense ?
DANIEL
Voilà ! Tout a commencé ici. Ma voiture était là… Les militaires ici, leur camion, là… Ta… ta mère était à… à l’arrière dans ma voiture.
Elle avait perdu beaucoup de sang, il lui fallait une transfusion. Les militaires ont promis de l’emmener…
TEQUIERO
Et ils l’ont emmenée ?
DANIEL
Oh ! Je pense pas non. Quand je l’ai revue à l’église… quelques jours après, elle était morte. Je crois pas qu’elle ait jamais été transfusée.
Probablement pas.
TEQUIERO
Pourquoi tu… tu l’as pas amenée toi-même ?
10 : 10 : 06 DANIEL
Parce que Hortense m’attendait à Villeneuve, qui était bombardée par les Allemands. Et crois-moi, j’étais pressé de rentrer, hein !
TEQUIERO
Et… moi ? Moi, je… j’étais où ?
DANIEL
Toi… Toi, t’étais… à l’arrière de la voiture, emmitouflé dans des couvertures. Une bleue avec des rayures et une rouge. On les a gardées.
Je t’ai emmené aux soldats, ici, pour qu’ils te prennent avec ta mère. Mais le sergent a refusé. Il a dit que si la femme mourait, il ne saurait pas quoi faire du bébé.
10 : 11 : 08 DANIEL
Hortense ne pouvait pas avoir d’enfant. Je ne sais pas ce que j’ai pensé, j’ai… j’ai pas réfléchi. Je t’ai emmené à la maison.
DANIEL
C’est drôle… Ce jour-là, aussi, le ciel grondait. Mais c’était des bombardements…
TEQUIERO
Tu crois qu’elle a pu mourir sur ce pont ?
DANIEL
Non non non, je pense pas. Quand je l’ai amenée aux militaires, elle était consciente !
TEQUIERO
Elle était belle ?
DANIEL
Oui. Je crois qu’elle était belle.
TEQUIERO
Elle était… douce ?
DANIEL
Tu sais, je ne l’ai pas beaucoup connue. Oui… je crois qu’elle était douce.
TEQUIERO
Tu sais comment elle s’appelait ?
DANIEL
Carlotta.
10 : 13 : 01 TEQUIERO
Et c’est elle qui m’a dit : « Te Quiero », c’est ça ?
DANIEL
Quand je t’ai sorti d’elle… « Te Quiero »… Moi j’ai cru que c’était le nom qu’elle te donnait.
TEQUIERO
J’aurais vraiment voulu la connaître…
LUCIENNE
Mon père ? J’ai plus de Chauvor. Vous en auriez au presbytère ?
10 : 13 : 41 LE CURÉ
Vous êtes sûre qu’il n’y en a plus ?
LUCIENNE
Oui, regardez…
LE CURÉ
Mais faites attention, c’est très toxique, le Chauvor.
LUCIENNE
Ah, bon…
LE CURÉ
Essuyez-vous les mains.
LUCIENNE
Je savais pas…
LE CURÉ
J’ai même lu dans le journal d’hier qu’une lavandière de Besançon avait empoisonné son mari avec. Vous vous rendez compte ?
LUCIENNE
C’est horrible !
LE CURÉ
Chaque jour, elle versait un peu de Chauvor dans la soupe… Comme ça n’a aucun goût !… Tuer son mari de cette façon, après les années qu’on vient de vivre ! C’est … ouais … Les mystères de l’âme humaine !
Je vais vous en chercher !
10 : 14 : 24 ANSELME
Oh ! La grève ! La grève ! Y a que ça, pour faire bouger les choses ! Voilà !
DES VOIX
C’est pas possible. On peut discuter. On a besoin.
LUCIE
Moi, la retenue de salaire, j’peux pas… Enfin, un jour, mais pas plus, quoi !
OUVRIER 1
Moi non plus… J’ai six bouches à nourrir. Même un jour, j’peux pas.
10 : 14 : 40 AMELIE
Bon et de toute façon, même si on fait grève, il faut d’abord faire une demande de conciliation à la direction…
ANSELME
Première nouvelle !
SUZANNE
Ben oui ! C’est la loi de décembre 36 !
ANSELME
Quand on fait une grève justifiée euh… on s’en branle des lois !
OUVRIER 2
Eh ! Eh ! C’est du fric, qu’on veut, hein ! Pas des lois !
OUVRIER 3
Ouais moi, je ne suis pas du tout d’accord là, hein !
OUVRIER 2
Comment ça, t’es pas d’accord !
SUZANNE
Attendez, s’il vous plaît ! Oh ! S’il vous plaît ! On s’entend plus là !
AMELIE
Bon, on a le droit de grève, mais on a aussi des devoirs ! Établir nos revendications, les soumettre à la direction, et si elle refuse, alors là, oui ! On peut faire grève !
10 : 15 : 12 ANSELME
Ouais ! Pierre, il est estropié à vie, parce que la mère Chassagne, elle fait ses trafics avec les Amerloques ! On est exploité comme des bêtes de somme, on l’a dit, on l’a redit, et les tauliers ils font rien !
AMELIE
Je suis d’accord, je suis d’accord…
ANSELME
Donc on fait grève, c’est tout !
OUVRIÈRE 4
Moi, j’suis d’accord !
AMELIE
Si on veut gagner, il faut qu’on ait le droit pour nous !
10 : 15 : 29 ANSELME
Le droit est un rapport de force, Amélie ! Dans un conflit, quand on gagne c’est parce qu’on est fort ! Tu crois qu’on a fichu les Chleus dehors en respectant les lois ? Voyons !
LUCIE
Oui mais c’est pas pareil, on était en guerre…
ANSELME
Je mets la grève immédiate et illimitée aux voix de l’Assemblée générale.
SUZANNE
Bon ! Qui est pour ?
AMELIE
D’accord.
DES VOIX D’OUVRIERS
On fait la grève. On fait la grève.
LANZAC
Franchement, ça tombe très très mal ! Un candidat à la mairie dont l’usine est en grève !
RAYMOND
C’est quand même pas de notre faute !
LANZAC
Non c’est pas de votre faute, mais chez un patron qui tient bien sa boîte, y a pas de grève !
LANZAC
C’est vous qui m’avez vendu Raymond comme le candidat « idéal » ! Alors il faut livrer, maintenant ! Si vous me faites capoter l’élection de Villeneuve, les oreilles de votre père vont siffler, à Paris !
10 : 16 : 11 JEANNINE
Qui sont les meneurs, Antoine ?
ANTOINE
Désolé, je ne suis plus dans la police !
RAYMOND
Oui mais t’es notre employé !
ANTOINE
Pas votre indic !
10 : 16 : 17 HUBERT
Les meneurs, c’est Anselme… Suzanne Richard… et ma femme.
JEANNINE
Bon ! Vous, vous parlez à votre femme et on vire les deux autres ?!
LANZAC
Attendez, attendez… Suzanne Richard… c’est une résistante ça ?
ANTOINE
La première sur Villeneuve… 11 novembre 1940 !
LANZAC
Et ben alors vous la virez pas !
JEANNINE
On va pas passer notre vie à distribuer des bons et des mauvais points sur ce que les gens ont fait pendant l’Occupation !
LANZAC
Notre vie, et celle d’après, chère madame !
RAYMOND
Ça légalement, on ne peut pas les virer, alors !
JEANNINE
Légalement, ils devaient nous donner un préavis de grève, que je sache !
RAYMOND
Qu’est-ce qu’ils veulent ?
10 : 16 : 52 ANTOINE
Du fric.
JEANINE
Mmm !
ANTOINE
De la considération. De meilleures conditions de travail…
HUBERT
Des embauches…
JEANNINE
Ils croient au Père Noël, quoi !
10 : 17 : 01 LANZAC
Ah bon ! Et pourquoi, pas vous ?
JEANNINE
Plus depuis la guerre !
LANZAC
Et bien vous avez tord, parce que pour gagner une élection, il faut y croire, au Père Noël ! Et surtout faire en sorte que les autres y croient !
LANZAC
Bon ! Euh… Vous leurs lâchez quelque chose, pour que le travail reprenne avant dimanche. Et il faut que tout le monde sache que Raymond Schwartz est un bon patron, humain et généreux.
JEANNINE
Bon, je vous raccompagne…
LANZAC
Non non non, laissez, je connais le chemin ! Je compte sur vous dès demain !
JEANNINE
Pourquoi on ne demande pas à De Kervern et Loriot d’envoyer les CRS ?
RAYMOND
Les CRS ? Non mais t’y penses pas Jeannine, des CRS !
JEANNINE
Mais pourquoi pas ??
10 : 17 : 36 RAYMOND
Parce que je ne suis pas un bourgeois de Vichy, voilà pourquoi…
JEANNINE
Les bourgeois de Vichy sont presque tous devenus les bourgeois de la Résistance, Raymond ! Toi le premier ! Non, ce qui compte, c’est de ne pas laisser les Bolchéviques faire la loi à Villeneuve !
EDMOND
Une grève ? Il n’est pas question de faire grève en ce moment !
10 : 17 : 52 SUZANNE
Il en est plus que question. La grève a été votée à une large majorité ! On contacte maintenant les bûcherons, les carrières, le transport…
EDMOND
Mais enfin Suzanne ! T’as pas le temps de lire l’Huma, ou quoi ?
SUZANNE
Je la lisais quand elle était clandestine !
EDMOND
La ligne définie par Thorez est claire ! Le devoir de classe des travailleurs, c’est produire, produire, et produire. Les grévistes, les absentéistes, les tire-au-flanc, sont des saboteurs ou d’anciens collabos !
SUZANNE
Enfin mais c’est n’importe quoi !
EDMOND
C’est la ligne, bordel ! Notre parti est au premier rang pour la reconstruction de la France. Marcel Paul est ministre de la production industrielle ! Il est exclu de faire grève en ce moment !
SUZANNE
Edmond ! Les travailleurs de la scierie ont voté !
EDMOND
Ben, il faut qu’ils revotent !
SUZANNE
Mais je ne vois pas comment ! Les cadences sont infernales, les salaires trop bas ! En plus, on vient de se taper un accident du travail sanglant !
10 : 18 : 35 EDMOND
Suzanne ! Si la grève éclate, le parti devra la désavouer ! Tu devras la désavouer !
SUZANNE
Enfin… Pour ton élection, c’est excellent, non ?
EDMOND
J’en sais rien ! Mais l’élection municipale de Villeneuve passe loin derrière la ligne du Parti au plan national. Thorez et Duclos ont désavoué toutes les grèves depuis la Libération ! Point à la ligne !
10 : 19 : 02 SUZANNE
Bon, et Gustave, Leonor, ça se passe bien ?
EDMOND
Oui, ils sont à la Fédé, maintenant, ils nous aident pour les élections!
SUZANNE
Dans le centre ville ?
EDMOND
Oui, pourquoi ?
SUZANNE
Pour rien… Je m’intéresse… C’est ma fille, quand même !
EDMOND
Bon, change pas de conversation, il faut bloquer cette grève !
SUZANNE
Impossible ! Si je dis aux salariés que le parti est contre, ils se détourneront du parti, et de moi.
EDMOND
T’es sûre de toi ?
SUZANNE
Absolument. Ils en ont marre, ils veulent en découdre.
EDMOND
Bon… quand on n’arrive pas à stopper un mouvement, on le suit et on en prend la direction. Officiellement, le parti condamnera la grève. Officieusement, ça va peut-être nous permettre de torpiller Schwartz pour de bon !
10 : 20 : 25 LANZAC
Vous, ici ? Quelle surprise !
LUCIENNE
J’aide le curé pour la fête de Noël.
LANZAC
Ah, voilà qui est noble. Et, vous en avez pour longtemps ?
LUCIENNE
Oh oui ! Vous savez je suis sur cette statue depuis des jours…
10 : 20 : 41 LANZAC
C’est admirable ! Mais euh… vous prenez bien quelques fois… des petites pauses ? Non ? Non, parce que je pourrais vous offrir un vin chaud à la cannelle. Rapidement, naturellement, mais… le vin chaud, c’est très bon quand on a besoin de faire des efforts physiques !
Non parce que… en fait je… j’aurais besoin d’un service, pour mon petit neveu. Son père veut qu’il intègre le lycée de Villeneuve, en seconde, mais il n’a pas pu passer son brevet, à cause des événements.
LUCIENNE
Ça devrait pas poser de problèmes… Faut juste voir ça avec mon mari.
LANZAC
Ah oui ! Non, non, je ne veux pas le déranger pour ça. Non j’en profitais parce que… nous nous sommes croisés par hasard.
Je venais brûler un cierge à la mémoire de deux de mes camarades, tués au combat.
LUCIENNE
C’est drôle. Je ne vous imaginais pas croyant.
LANZAC
D’ailleurs je ne le suis pas beaucoup. Mais eux l’étaient ! Et s’ils sont là-haut maintenant.
Par ce froid, je me dois de les réchauffer un peu.
D’ailleurs, votre mari les connaissait…
LUCIENNE
Ah bon ?!
LANZAC
Oui, on était ensemble quand ils ont été tués…
LUCIENNE
A Lyon ?
10 : 22 : 05 LANZAC
Exactement ! Mais comment le savez-vous ?
LUCIENNE
Jules m’a raconté. Comme c’est la fois où il a tué un Allemand.
LANZAC
Ah non, mais là vous devez confondre. Il n’a pas tué un Allemand ce jour-là. On a juste couru à toutes jambes, en laissant derrière nous Robert et Mathieu.
10 : 22 : 23 LUCIENNE
Mais c’était à Lyon en novembre 43 ?
LANZAC
Oui ! Oh oui ! Le 27 ! Il y a des dates qu’on n’oublie pas !
LUCIENNE
Vous avez échappé à une autre arrestation, en compagnie de mon mari ?
LANZAC
Mais Grands dieux, non ! Mais pourquoi toutes ces questions ? Sous l’Occupation, je me serais méfié de vous !
LUCIENNE
C’est juste que je… je m’intéresse à son activité de résistance. C’est normal.
LANZAC
Bien sûr. Et votre mari est un héros, sachez-le !
LUCIENNE
Oui …
LANZAC
Bon alors pour le… le vin chaud, c’est… ?
LUCIENNE
Une autre fois. J’ai beaucoup de travail avant Noël.
LANZAC
Oui bien sûr… Une autre fois… Peut être !
RACHEL
Le docteur Larcher, s’il vous plaît.
HORTENSE
Si c’est pour une consultation, il n’est pas là.
10 : 24 : 40 RACHEL
Il reviendra quand ?
HORTENSE
Je sais pas, ce soir, au mieux.
RACHEL
Ce soir… Je peux pas attendre ce soir.
HORTENSE
Bon si c’est pour une urgence, il y a le docteur Moret ou alors l’hôpital.
10 : 24 : 50 RACHEL
C’est pas médical. Vous êtes sa femme ?
HORTENSE
Oui.
RACHEL
C’est une femme qui m’envoie. Sarah. Sarah Meyer. Ça vous dit quelque chose ?
HORTENSE
Bien sûr ! Je l’ai très bien connue ! Comment va-t-elle ?
RACHEL
Elle est morte. Dans mes bras.
HORTENSE
Je vous en prie, rentrez cinq minutes.
Excusez-moi, je ne m’y attendais tellement pas !
Euh… Vous… vous voulez boire ou manger quelque chose ?
RACHEL
J’ai pas le temps. Je suis pressée, j’ai un train pour Marseille, tout à l’heure. J’ai été déportée à Birkenau en octobre 44. C’est… c’est là que j’ai connu Sarah.
HORTENSE
Vous étiez amies ?
RACHEL
Elle dormait au-dessus de moi, dans le baraquement. Elle m’a parlé plusieurs fois de votre mari. C’était… un bon patron, si j’ai bien compris.
10 : 26 : 02 HORTENSE
C’était sa maîtresse ! Je vous mets à l’aise, j’étais au courant, y a aucun problème…
Elle est morte quand ?
RACHEL
Trois jours après la libération du camp, à la fin janvier. C’est comme si… elle avait attendu d’être libre pour mourir. Elle a eu le typhus, beaucoup de déportés en sont morts à la fin.
HORTENSE
C’est terrible…
10 : 26 : 27 RACHEL
Je l’ai veillée les deux derniers jours. Un peu avant de sombrer dans le coma elle m’a demandé de lui promettre d’aller voir le docteur Larcher, à Villeneuve, en France… si jamais j’allais là-bas. Pour… lui raconter ses derniers moments, lui dire qu’elle avait beaucoup pensé à lui. Je crois qu’elle… elle l’a aimé vraiment.
HORTENSE
Oui ! Oui, je crois.
RACHEL
Je ne suis pas sûre qu’il l’ait beaucoup aimée, lui.
HORTENSE
Ça, j’en sais rien !
RACHEL
Bon, j’ai tenu ma promesse. Vous raconterez à votre mari, n’est-ce pas ?
HORTENSE
Oui ! Vous pouvez compter sur moi.
Vous voulez vraiment pas manger quelque chose avant de partir ?
RACHEL
Je n’ai pas faim.
GENEVIEVE
Comment ça se passe ?
ANTOINE
Mal. Les ouvriers refusent de négocier avant le second tour. Et la mère Chassagne parle d’envoyer les CRS.
10 : 28 : 02 GENEVIEVE
S’ils bloquent la scierie, il faudra bien, non ?
ANTOINE
Merci.
Tu mets de la mélasse, maintenant ?
GENEVIEVE
C’est meilleur, non ?
ANTOINE
Non, euh… c’est bien d’en mettre.
GENEVIEVE
Il y a un colonel américain qui est venu me voir, cet après-midi.
10 : 28 : 34 ANTOINE
Ah bon ?
GENEVIEVE
Les trois… les trois soldats qui m’ont agressée, ont finalement été jugés. Il y en a un qui a été condamné à mort.
ANTOINE
À mort ?
GENEVIEVE
Il sera pendu demain. C’est le noir. Celui qui n’a rien fait.
Le colonel dit que, dans l’armée américaine, ils pratiquent la ségrégation raciale. Et que c’est plus facile de… punir un coupable noir que blanc.
ANTOINE
Quand je pense qu’ils se prétendent les champions de la démocratie et de la liberté !
GENEVIEVE
Et… et pour finir, il m’a demandé de retirer ma plainte au civil ! Il m’a proposé de l’argent.
ANTOINE
S’il croit qu’il va t’acheter avec…
GENEVIEVE
J’ai accepté.
ANTOINE
T’as accepté de l’argent ?
GENEVIEVE
Trente mille francs.
ANTOINE
Mais t’es… t’es sûre de toi ?
10 : 29 : 58 GENEVIEVE
Mais … je me suis dis qu’avec trente mille francs… si t’en as assez de la scierie, on… on aurait de quoi se retourner.
ANTOINE
Viens, viens là !
Heureusement que je t’ai !
KHADIJA
C’est vrai que vous vous êtes battu pour la Sécurité Sociale ?
10 : 30 : 32 ANTOINE
Ouais… Enfin, plus ou moins…
MÉDECIN
Vous étiez syndicaliste ?
ANTOINE
Oh ! Non… Résistant.
MÉDECIN
Ah d’accord !
Ok on y va ! Vite. On vous emmène à l’hôpital, monsieur !
ANTOINE
Mais qu’est-ce que je vais faire à l’hôpital ?
MÉDECIN
On va… on va vous faire quelques examens, puis vous allez pouvoir vous reposer.
ANTOINE
Comment on peut laisser des enfants comme ça dehors? Il faut faire quelque chose. Donnez-moi ma veste !
MÉDECIN
Faut plus vous agiter, monsieur. Plus parler. D’accord ?
KHADIJA
Vous savez, je suis fière de travailler pour la Sécurité sociale !
MÉDECIN
Excusez-moi, faut plus du tout qu’il parle, d’accord ?
KHADIJA
Ça va ?
ANTOINE
Ne vous inquiétez pas… Je ne risque rien. J’ai ma carte Vitale.
10 : 31 : 44 BERIOT
Ah ben, je ne pensais pas que vous rentriez si tôt ! Je vous aurais attendue pour les agapes !
LUCIENNE
C’est sans importance. Vous semblez de bonne humeur.
BERIOT
J’arrive de chez madame Berthe… Figurez-vous qu’il y a une Américaine à la peau noire, depuis hier ! Noire et douce, comme du velours !
10 : 33 : 02 LUCIENNE
Ça ne m’intéresse pas !
BERIOT
Je sais, c’est pour ça que j’en parle ! Elle danse divinement… Vous avez déjà vu une femme danser nue ?
Vous voulez un peu de fromage ?
LUCIENNE
Non ! Donnez-moi plutôt du vin.
BERIOT
Du vin ?? Ah ben alors, mais qu’est-ce qu’il se passe, on fête quelque chose ? Ha ha ha
BERIOT
Je devrais aller plus souvent à l’église moi ! Le confessionnal, ça doit être assez commode, pour…
LUCIENNE
Vous êtes carrément odieux, aujourd’hui !
BERIOT
Ah euh, j’ai un peu bu Lucienne, c’est tout.
Vous savez Lucienne, il suffirait d’un mot de vous… Je pourrais…
LUCIENNE
Alors, c’est ça, le vin ?
BERIOT
Ben oui !
LUCIENNE
C’est bon.
BERIOT
Ça dépend.
10 : 33 : 19 LUCIENNE
J’ai repensé à ce que vous m’avez raconté hier…
BERIOT
Ah ! Je vous ai raconté quelque chose hier ? On ne se raconte plus rien !
LUCIENNE
Lorsque vous avez tué un Allemand.
BERIOT
Ah, oui ! Eh bien ?
10 : 33 : 38 LUCIENNE
C’était à Lyon…
BERIOT
Oui.
LUCIENNE
En novembre 43.
BERIOT
Oui.
LUCIENNE
Avec Lanzac.
BERIOT
Oui, oui, oui !
LUCIENNE
Cet Allemand, vous vous souvenez de son visage ?
BERIOT
Écoutez, j’ai tiré dans le dos. C’était un dos… allemand, un dos vert-de-gris, quoi ! Pourquoi vous me posez toutes ces questions ?
LUCIENNE
Et vous étiez seul ce jour-là, avec Lanzac ?
BERIOT
Ah… Vous avez parlé avec Lanzac.
Il m’avait dit qu’il irait brûler un cierge. J’avais oublié.
Je suppose qu’il vous a raconté l’épisode de Lyon. J’ai eu chaud, ce jour-là !
LUCIENNE
Est-ce vrai que vous avez tué un Allemand, Jules ?
10 : 34 : 33 BERIOT
A Lyon ? Oh, j’ai un peu brodé, voilà !
LUCIENNE
Ou ailleurs ?
Je sais pas, je me suis dit que vous… vous aviez peut-être voulu faire le beau devant le journaliste… devant moi.
BERIOT
« Le beau » ? Mais je ne suis pas beau, Lucienne. N’est-ce pas ?
LUCIENNE
Seule la beauté intérieure m’intéresse.
10 : 35 : 01 BERIOT
Oui mais c’est de celle-là dont je parle.
BERIOT
Oui, Lucienne, j’ai tué un Allemand. Une fois.
Et quand j’y repense…
J’y ai pris beaucoup de plaisir.
Bonne nuit, Lucienne.
DANIEL
Rien de spécial ?
HORTENSE
Non non. Enfin… je te dirai après.
DANIEL
Après quoi ?
HORTENSE
T’as faim ?
DANIEL
Non, j’ai surtout envie de dormir.
HORTENSE
Ça s’est bien passé… le retour de… Tequiero chez Marthe ?
DANIEL
Il m’a demandé pourquoi Mamortense était fâchée contre lui et j’ai dit à Marthe que tu étais souffrante. Je pense que la prochaine fois, Tequiero ne viendra pas ici. C’est moi qui irai chez Marthe ! Bon, je passe à la salle d’eau, je vais me coucher. Bonne nuit !
HORTENSE
Daniel…
10 : 36 : 57 DANIEL
Quoi ?
HORTENSE
J’ai quelque chose à te dire…
DANIEL
Écoute..
HORTENSE
Quelque chose de difficile…
DANIEL
Je suis fatigué, on parlera demain…
10 : 37 : 08 HORTENSE
C’est à propos de Sarah.
DANIEL
Je suis sûr que ça peut attendre demain.
HORTENSE
Maintenant… Non Daniel ! Elle est morte !
DANIEL
T’as lu ça dans les pensées de Tequiero ?
HORTENSE
Une femme… une femme est… est venue aujourd’hui et me l’a dit.
DANIEL
« Une femme… ». Écoute, Hortense…
HORTENSE
Elle s’appelle Rachel… C’est ce qu’elle m’a dit… elle… elle s’appelle Rachel…
DANIEL
Rachel comment ?
HORTENSE
Je sais pas, je sais plus.
DANIEL
Et cette « femme » elle a laissé quelque chose, une… lettre, un message ?
10 : 37 : 46 HORTENSE
Non ! Non non non non, elle prenait le train. Oui c’est ça, elle prenait le train pour Marseille !
DANIEL
Oh mmm
HORTENSE
Elles ont été déportées ensemble.
DANIEL
Mais bien sûr… Et où ça ?
HORTENSE
Je sais plus ce qu’elle m’a dit… Elle m’a dit un mot comme… un nom comme « Barkenau », « Borkeno »… je sais plus. « Barkenau »…
10 : 38 : 11 DANIEL
T’en as pas marre de raconter des fadaises ?
HORTENSE
Daniel, je te jure que c’est vrai…
DANIEL
Les voisins parlent de toi et d’Heinrich ! Le teinturier fait exprès d’abîmer tes robes ! Tequiero, du haut de ses cinq ans, veut te tuer avec ses petits ciseaux ! Tequiero, qui lit dans tes pensées pendant que toi, tu envoies des lettres anonymes à tout le monde, y compris à moi ! Et maintenant, « une femme » arrive, du bout du monde pour te dire, à toi, Hortense, que Sarah, la seule femme qui m’aimait vraiment, est morte ! Mais t’en as pas marre ? Moi, j’en ai marre !
HORTENSE
Tu veux me faire passer pour folle, hein !
DANIEL
Évidemment que t’es folle, Hortense ! Complètement folle ! Jusqu’à aujourd’hui, je pensais que je pouvais le supporter, que je le supporterai, que je te supporterai ! Mais venir me torturer en m’annonçant la mort de Sarah ! En m’inventant une Rachel ! C’est fois, c’est trop ! J’en ai assez Hortense, de ton égoïsme, de ton infantilisme, de.. de tes délires !
HORTENSE
Daniel je te promets que c’est vrai…
DANIEL
Mais tais-toi !! « Ferme ta gueule ! », comme on dit chez les pauvres ! Ne viens plus jamais prononcer le mot « vrai » devant moi ! Alors que tu ne sais même pas ce que ça veut dire !
10 : 39 : 09 HORTENSE
Je vais partir..
DANIEL
Et ben c’est ça ! Pars ! Pars ! Va à Marseille ! Va à « Borkenau » ! Où tu veux ! Va retrouver Heinrich ! Va au Diable, mais… laisse Sarah en paix ! Laisse-moi en paix !!
HORTENSE
C’est vrai. C’est vrai … c’est vrai… c’est vrai … c’est vrai.
FRANÇOISE
Madame Larcher ! Françoise Bériot. Je suis contente que vous ayez pu venir…
10 : 39 : 41 HORTENSE
Bonjour.
FRANÇOISE
Votre mari m’avait dit que vous étiez un petit peu souffrante.
HORTENSE
Ah bon, il a dit ça ? Au fond, Daniel est un comique qui s’ignore !
FRANÇOISE
On est en train de finir l’accrochage ! Mais vous avez apporté un autre tableau ?
HORTENSE
Oui… C’est mon dernier…
FRANÇOISE
Ah, formidable ! C’est fascinant, ces autoportraits sur plusieurs décennies…
HORTENSE
Oui mais là, ce n’est pas un autoportrait.
FRANÇOISE
Ah bon ?
HORTENSE
Non.
FRANÇOISE
Vous m’intriguez ! Je peux ?
HORTENSE
Oui.
10 : 40 : 39 FRANÇOISE
Ah oui ! Il est très… très… très.. très différent des autres.
HORTENSE
Alors où est-ce qu’on pourrait l’accrocher ?
Là, peut être …
Non …Non… Là…
DANIEL
Vous avez vu Madame ce matin ?
SOLANGE
Ah non ! Je n’ai entendu aucun bruit, ni dans sa chambre, ni dans la salle d’eau.
10 : 42 : 09 DANIEL
Solange, je suis désolé, mais je ne vais pas pouvoir vous garder.
Même six heures par semaine, je ne parviendrai pas à vous payer.
SOLANGE
Oh, docteur ! La chance va tourner ! Je peux attendre un peu. Comme maintenant Mathieu touche sa pension !
DANIEL
Vous êtes gentille…
SOLANGE
L’année dernière, vous m’avez presque sauvé la vie, docteur ! Ça s’oublie pas, vous savez !
DANIEL
Larcher…
VOIX DE LORIOT
Commissaire Loriot. J’ai pas de bonnes nouvelles, docteur. Votre épouse…
DANIEL
Oui ?
VOIX DE LORIOT
La patrouille de nuit l’a interpellée sur le quai de la gare… Elle parlait aux gens. Enfin, je suis désolé de vous dire ça, mais elle était complètement nue.
D’après les témoins, elle n’avait pas d’argent pour prendre un billet.
10 : 43 : 02 LORIOT
Alors… Elle s’est déshabillée devant tout le monde… En criant à la cantonade que… que les gens devaient voir la vérité toute nue.
Le procureur a dit qu’il ne poursuivra pas. Mais enfin bon…
Faudrait pas que ça se reproduise monsieur Larcher, vous comprenez ?
DANIEL
Ne vous inquiétez pas, je vais m’occuper d’elle…
LORIOT
Oui mais il y avait des enfants à la gare.
10 : 43 : 36 DANIEL
Hortense…
Hortense, tu viens ?
HORTENSE
Non.
DANIEL
Mais tu ne vas pas rester là.
HORTENSE
Si. Je vais bien, je me sens chez moi.
DANIEL
T’as pas de vêtement !
HORTENSE
J’ai ma couverture.
DANIEL
Mais tu ne peux pas rester là, voyons !
HORTENSE
J’ai pas envie de venir avec toi.
DANIEL
Écoute, euh… Excuse-moi pour hier. Mes mots ont dépassé ma pensée.
HORTENSE
Tu penses que je suis folle, oui ou non ?
DANIEL
Je pense que… les événements de l’année dernière t’ont perturbée. Et qu’il faut que tu voies quelqu’un.
HORTENSE
Quelqu’un ?
10 : 44 : 52 DANIEL
Un médecin.
HORTENSE
Non, non. J’aime pas les médecins. Moi j’aime pas les médecins !
DANIEL
Mais pas un médecin comme moi ! Un vrai… comme tu dirais.
HORTENSE
De toute façon ça servira à quoi ?
10 : 45 : 14 DANIEL
Il te donnerait des médicaments qui te feront aller mieux.
HORTENSE
C’est vrai ?
DANIEL
Je te le garantis. Il y a des spécialistes des troubles de l’humeur. Et ils obtiennent des résultats.
Je m’en veux de ne pas avoir compris que ton état était aussi sérieux.
HORTENSE
Tu sais, que c’était vrai pour Sarah. J’ai pas menti c’était vrai.
DANIEL
Écoute, ne parlons pas de ça maintenant.
Allez viens… Rentrons à la maison.
RAYMOND
Dites donc vous arrivez bien tôt, vous êtes toute seule !
AMELIE
Aujourd’hui, c’est moi qui fait le café…
RAYMOND
Ah !
AMELIE
… et la soupe.
RAYMOND
Pour les grévistes ?
AMELIE
Vous nous en voulez ?
10 : 46 : 48 RAYMOND
Pas du tout. La grève est un droit.
AMELIE
C’est pas une réponse ça.
RAYMOND
Moi j’aime les difficultés depuis toujours. J’adore ça !
AMELIE
C’est pour ça que vous vous présentez à la mairie ?
RAYMOND
Entre autre.
10 : 47 : 01 AMELIE
Ne le prenez pas mal, monsieur Schwartz, mais la mairie c’est pas un boulot pour vous.
RAYMOND
Ah ! Et pourquoi ça ?
AMELIE
J’ai travaillé à la préfecture du temps de ce pauvre monsieur Servier. Je connais ce milieu, c’est pas pour vous. Vous vous avez besoin de fantaisie, vous, de… de liberté !
RAYMOND
C’est Edmond Lherbier qui vous envoie pour me démoraliser, c’est ça ?
RAYMOND
Attendez, je vais vous aider…
RAYMOND
Vous avez mal ?
AMELIE
C’est rien, je suis tombée.
RAYMOND
Euh… Bon. Et voilà…
Je vais par où ?
AMELIE
C’est par là.
RAYMOND
C’est parti !
10 : 47 : 44 LE CURÉ
Ça alors ! C’est incroyable ! Vous avez fait disparaître en une semaine, cent cinquante ans de saletés.
LUCIENNE
Oh, c’est rien ça.
LE CURÉ
Vous êtes trop modeste. Trop modeste pour être honnête!
LE CURÉ
Installez-vous.
Madame Sidier est là pour sa confession du jeudi, le devoir m’appelle !
10 : 48 : 10 LUCIENNE
Mon père, je…
LE CURÉ
Oui ?
LUCIENNE
J’ai… une marmite en fonte à la maison… que je rêve de récupérer depuis des mois. Ça ne vous dérange pas ?
LE CURÉ
Vous plaisantez ? C’est un… salaire dérisoire pour un travail colossal !
GENEVIEVE
Ce qu’il y a, c’est qu’on ne peut pas faire à la fois le lait et la viande. Mamé disait que si on faisait les deux, on avait plus de vie !
ANTOINE
Et qu’est-ce que tu préfères ?
GENEVIEVE
Le lait ! Élever des bêtes et puis les tuer, je sais pas…
ANTOINE
Ben… fais du lait !
GENEVIEVE
Je ne peux pas le faire toute seule !
ANSELME
Y a quelqu’un ?
ANTOINE
Ben, entre !
10 : 49 : 23 ANSELME
Salut.
ANTOINE
Ça va ?
ANSELME
Je passais dans le coin, je me suis dit, tiens, je vais passer voir Antoine. Comme t’es pas à l’usine.
Ça va toi ?
ANTOINE
Ouais. Avec la grève, Raymond m’a donné ma journée.
10 : 49 : 33 GENEVIEVE
Tu veux de la soupe ?
ANSELME
Ah, c’est pas de refus !
ANTOINE
Alors ? Vous en êtes où ?
ANSELME
Ben toujours en grève !
ANTOINE
Et vous demandez quoi ?
ANSELME
On parle à bâtons rompus, là, hein ? Rien d’officiel !
ANTOINE
Si tu voulais de l’officiel, tu ne serais pas venu jusqu’ici !
ANSELME
Ça me faisait plaisir de revoir la ferme ! J’étais bien ici.
Hmm… Elle est bonne hein ! Pas du tout acide.
GENEVIEVE
Pourtant, c’est la recette de Mamé.
ANSELME
Alors, on veut une augmentation de 20%, du tarif de base. Une baisse de productivité de 10%. Quatre embauches chez les gars et deux chez les filles…
10 : 50 : 31 ANTOINE
Anselme, si vous demandez trop, vous aurez rien ! A part les CRS !
ANSELME
C’est une menace ?
ANTOINE
Non ! C’est juste la réalité de la situation.
ANSELME
Moi, je prends ça pour une menace. Alors, tu diras à la mère Chassagne qu’on a saisi son stock de traverses. Et on va le bloquer jusqu’à ce qu’il y ait un accord.
ANTOINE
D’accord.
10 : 52 : 00 FIN DE L’ÉPISODE



